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À chacun son London
Le Festival du film d’histoire de Pessac évoque ce soir Jack London, disparu il y a 100 ans. Michel Viotte y présente un documentaire en avant-première. Interview.

Propos recueillis par Christophe Loubes.

"Jack London, une aventure américaine" doit être diffusé le 3 décembre sur Arte, mais les spectateurs du Festival du film d’histoire de Pessac le verront en avant-première ce soir. Cet hommage, qui s’inscrit dans le cadre du centenaire de la disparition du reporter-érivain américain, est rendu par le réalisateur Michel Viotte, qui présentera aussi son livre "Les Vies de Jack London". Rencontre :

Sud Ouest
Le festival de Pessac traite cette année du rapport entre culture et liberté. En quoi Jack London s’inscrit-il dans ce thème ?
Michel Viotte
Jack London était habité par l’idée selon laquelle la connaissance était le moyen de sa liberté. Adulte, il a repris ses études afin d’échapper à sa condition d’ouvrier, puis de pilleur d’huîtres et de vagabond. Même s’il n’est pas allé au bout de ses diplômes, toute sa vie a été construite autour de ce rapport fort entre l’écrit et l’indépendance.

Sud Ouest
Sa vie et son oeuvre on été largement évoquées dans des livres, des films ou des émissions. Que pensez-vous apporter de neuf sur Jack London ?
Michel Viotte
Beaucoup d’éléments sur son séjour dans le Grand Nord, pendant la ruée vers l’or de 1897-1898, déjà. C’est un moment fondateur pour lui. Il y fait l’expérience du froid intense, de la nature sauvage, de la solidarité pour assurer sa survie. Il est dans la contemplation et l’humilité. Tout cela formera la base de son inspiration littéraire. J’ai voulu casser l’étiquette d’aventurier qui colle à Jack London. Il y a chez lui des valeurs universelles, qui touchent des gens très différents, mais d’une façon toujours très intime : le courage, l’honnêteté intellectuelle, le sens de la vie...

Sud Ouest
Vous le présentez aussi comme un précurseur de l’agriculture raisonnée...
Michel Viotte
Ça relève de tout un parcours personnel. Quand il achète son ranch il est à la fois un grand propriétaire terrien et un patron très social : les employés sont très bien payés, une table est toujours ouverte pour les nécessiteux, et il critique l’agriculture intensive que pratiquent les autres grands propriétaires californiens. EN couvrant la guerre russo-japonaise de 1904-1905, il a observé les méthodes de l’agriculture traditionnelle chinoise. Quand il rentre aux États-Unis, il les utilise à son tour : absence totale de fertilisant, gestion de la terre destinée à lui permettre de se renouveler...

Sud Ouest
Il construit par ailleurs son second mariage sur des relations d’égalité très en décalage avec les normes de son époque...
Michel Viotte
Là encore on a l’illustration de l’extrême modernité de Jack London. Alors que c’est un grand séducteur, qui attire les plus belles femmes de son époque, il va préférer Charmian Kittredge, qui est celle qui lui appporte la confiance, la sécurité intellectuelle dont il a besoin. Sans elle il n’aurait pas eu la même existence. Il la considère comme sa partenaire. Elle l’accompagne dans son travail. En 11 ans de vie commune il se sépare très peu d’elle. Et à la fin de sa vie, quand il est dépressif et diminué physiquement à cause de l’alcool, elle fait preuve d’une formidable compréhension.

Sud Ouest
Votre film est un docu-fiction, genre assez décrié. C’était vraiment nécessaire de faire appel à des acteurs pour certaines scènes ?
Michel Viotte
J’entends les reproches qui sont adressés au docu-fiction mais dans ma démarche c’était absolument indispensable. Je n’avais pas d’images pour raconter son expérience dans le Grand Nord. J’avais besoin de rendre sensible la diversité de ses expériences, que ce soit dans le Pacifique, en Californie ou dans les Montagnes Rocheuses du Canada.

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