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Les Quatre Parties du Monde
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Production

ZADIG Productions
Paul Rozenberg

IDEACOM International
Josette Normandeau
Jacques Nadeau

Diffuseur
Arte France

Type
Série documentaire / Fiction
de 3 épisodes de 52’
pour la télévision.

Travaux
Travail sur le scénario en 2007 en collaboration avec Florence Mauro et Serge Grüzinski, à partir du livre éponyme de Serge Grüzinski.

État du projet
Scénario terminé.
Projet arrêté.

Résumé

“Les quatre parties du monde” traque sous le règne de la monarchie catholique (1580 - 1640) les premiers exemples d’une mondialisation.

Cette période-clé est celle qui succède à l’ère des conquistadores et prolonge leur action.

Après le choc de la découverte se met en place une globalisation qui pénètre en profondeur les sociétés autochtones, les transforme radicalement, par une volonté de christianisation, d’imposition de cadres mentaux et de développement du commerce.

Une période décisive de l’histoire, au cours de laquelle le monde se définit, aux yeux des cours d’Espagne et du Portugal, en quatre parties : l’Europe, l’Asie, l’Afrique et le Nouveau-Monde, avec Rome pour capitale religieuse, et le roi d’Espagne comme souverain suprême.

La bibliothèque de l’Escurial

 

Depuis l’Escurial, à Madrid, Philippe II affirme sa volonté d’étendre la monarchie catholique au delà des mers. Tout, dans son palais, semble raconter le reste du monde, dont il recueille les savoirs.

Philippe II

 

Mais, si à force de conquête, le centre s’était déplacé ?

Et si l’Europe, en même temps, se racontait depuis Mexico, Goa, le Japon ou le Cap Vert ?

 

Les “Quatre Parties du Monde” raconte le destin de différents personnages, sur différents continents, à travers lesquels s’incarne la mutation à l’oeuvre, dans une période de bouillonnement, de rencontres, de circulation de biens, d’idées et d’objets.

C’est sur leur témoignages et leurs chroniques que s’appuie le récit de la série, alternant les analyses documentaires et les reconstitutions sous forme de fiction dialoguée.

Paravent japonais représentant l’arrivée d’un navire portugais

 

Bande-annonce (version anglaise)

 

Extrait du scénario

 

9A. Fiction
INT – JOUR
Espagne : Escurial / Bibliothèque

L’archi-secrétaire MATEO VAZQUEZ entre dans la pièce et s’avance vers PHILIPPE II et son bibliothécaire BENITO ARIAS MONTANO.

MATEO VAZQUEZ
Sire, la délégation de Nouvelle Espagne attend d’être reçue.

PHILIPPE II
Faut-il vraiment que je les reçoive moi-même ?
Vous savez, VAZQUEZ, que mon temps est précieux.

VAZQUEZ
Il s’agit de nobles de la région de Tlaxcala, Sire.
Ce sont des alliés importants, qui aidèrent Cortès lors de la conquête de Mexico.
Il viennent certainement soumettre quelque requête quant à la défense de leurs privilèges.

PHILIPPE II
Comprennent-ils le castillan ?

VAZQUEZ
Oui, Sire. Toutefois un interprète les accompagne. Il s’agit du fils du conquistador Muñoz Camargo, porteur d’un rapport détaillé sur l’histoire, les modes de vie et les ressources de votre province de Tlaxcala.

MONTANO
Un tel ouvrage devrait trouver naturellement sa place dans votre bibliothèque où sont réunis tous les savoirs du monde, Majesté.

PHILIPPE II
(convaincu)
Faites-les entrer !

MATEO VAZQUEZ quitte la pièce.

PHILIPPE II
(manipulant le globe terrestre à côté de lui, tout en s’adressant à Montano)
Il est indispensable d’entretenir de bonnes relations avec cette noblesse locale.
Les arrivages réguliers des richesses de la Nouvelle Espagne sont nécessaires pour payer les guerres que je mène en Europe, et exigent avant tout que la paix règne dans ces nouvelles provinces.

Retour de MATEO VAZQUEZ.

MATEO VAZQUEZ
La délégation de Nouvelle Espagne est là, Sire.

A l’invitation de MATEO VAZQUEZ, DIEGO MUÑOZ CAMARGO et les dignitaires indiens s’avancent vers PHILIPPE II.
Les Indiens, quoique vêtus à l’européenne, ont enfilé des coiffes de plumes (vraisemblablement celles dépassant de leurs bagages lors de leur arrivée vers l’Escurial).
En retrait du groupe se tiennent le serviteur de DIEGO MUÑOZ CAMARGO, tenant un livre volumineux, et deux serviteurs indiens, en charge du mystérieux paquet aperçu sur un cheval de bât dans les séquences précédentes.

DIEGO MUÑOZ CAMARGO s’incline devant PHILIPPE II, et lui baise la main.

DIEGO MUÑOZ CAMARGO
Mon nom est Diego Muñoz Camargo, sire. Je suis le lieutenant de l’Alcalde Mayor de la province de Tlaxcala.

PHILIPPE II
Je connais le nom de votre famille.
Cortès a rapporté jusqu’ici la valeur militaire de votre père.

DIEGO MUÑOZ CAMARGO
Vous honorez sa mémoire, Sire.
Mais permettez-moi de vous présenter mes compagnons de voyage...

Se redressant, il présente un à un les émissaires Indiens. A l’annonce de son nom, chacun s’avance et s’agenouille devant le roi.

DIEGO MUÑOZ CAMARGO
Pedro de Torres, de Tizatlan…
Diego Reyes, de Quiahuixtlan…
Zacharias de Santiago, de Tepeticpac…
Antonio de Guevara, de la ville de Tlaxcala…
(soulignant l’importance de ce dernier personnage)
Antonio de Guevara est le gouverneur indien de votre province de Tlaxcala.

Les Indiens reculent alors pour se tenir derrière DIEGO MUÑOZ CAMARGO.
Ils resteront impassibles durant l’essentiel de l’entretien qui va suivre.

DIEGO MUÑOZ CAMARGO
Tout d’abord, majesté, mes compagnons et moi-même tenons à vous remercier de nous recevoir en votre nouveau palais.
En l’approchant, nous avons été, je dois dire, éblouis par sa grandeur et son raffinement… Une magnificence à la mesure du monarque du monde, dont le nom est révéré au-delà des mers…

PHILIPPE II
(avec une pointe d’impatience)
C’est bien.
Nous nous préparons à en célébrer l’achèvement. J’espère que vous serez des nôtres pour la cérémonie de bénédiction.

DIEGO MUÑOZ CAMARGO et les dignitaires indiens inclinent la tête en marque de remerciement.

ANTONIO DE GUEVARA se tourne alors vers les deux serviteurs indiens, et leur demande, en nahuatl, de s’avancer.

DIEGO MUÑOZ CAMARGO
(devançant Antonio de Guevara, qui allait s’adresser au monarque)
Vos vassaux de Tlaxcala vous ont apporté un présent, sire, en gage de leur fidélité.

Les deux serviteurs déballent devant PHILIPPE II un grand tableau, représentant un Christ. Celui-ci est fait d’une fine mosaïque de plumes, collées sur un support de bois, avec des incrustations de cuivre et d’or.

DIEGO MUÑOZ CAMARGO
Les Indiens Amantecas sont passés maîtres dans l’art plumassier, votre majesté. Ils utilisent les oiseaux les plus rares du Nouveau Monde.
Ce tableau-ci est fait plumes de colibri, de quetzal et de perroquet.

PHILIPPE II
(après un temps, sincèrement intéressé)
C’est absolument fascinant.

PHILIPPE II manipule le tableau. Il l’incline pour faire miroiter les plumes sous la lumière du soleil.

PHILIPPE II
(parcourant la surface du tableau avec ses doigts)
Ce Christ reprend vie sous l’effet de la lumière.

DIEGO MUÑOZ CAMARGO
Les Indiens voient dans ce prodige la main de Dieu.

PHILIPPE II adresse un sourire satisfait à ANTONIO DE GUEVARA, signifiant ainsi qu’il apprécie le présent à sa juste valeur.

Alors que deux valets récupèrent le tableau pour l’emporter, MATEO VAZQUEZ s’approche du roi, et lui parle discrètement.

PHILIPPE II
(après avoir écouté MATEO VAZQUEZ)
Je sais que mes sujets du Nouveau Monde sont victimes de terribles maladies. Qu’en est-il dans la province de Tlaxcala ?

DIEGO MUÑOZ CAMARGO
Grâce à Dieu, le mal nous a épargnés, sire.
La dernière épidémie de peste remonte à une trentaine d’années.
Les Indiens ont pu surmonter cette épreuve grâce à l’aide des moines de Saint Dominique, qui ont fourni nourriture et consolation spirituelle.
(obséquieux)
Bien sûr, les mesures d’allègement du tribut accordées par votre majesté ont grandement soulagé les populations…

PHILIPPE II
(sobrement, visiblement peu sensible à la flatterie)
Dieu vous garde.

ANTONIO DE GUEVARA, martial, prononce quelques mots, lui aussi en espagnol.

DIEGO MUÑOZ CAMARGO
(l’interrompant, alors qu’il n’était point besoin de traduire) Le gouverneur remercie votre majesté de sa sollicitude.

PHILIPPE II
(regardant Antonio de Guevara)
C’est là une chose bien naturelle. Nous sommes les garants devant Dieu du salut et de la vie de nos sujets du Nouveau Monde.

Sur un signe de DIEGO MUÑOZ CAMARGO, le serviteur de celui-ci s’avance à son tour vers le roi, présentant un livre imposant.

DIEGO MUÑOZ CAMARGO
Je vous ai également apporté un présent, majesté.

DIEGO MUÑOZ CAMARGO se saisit de l’ouvrage, et le dépose sur une grande table. PHILIPPE II s’approche, suivi de MATEO VAZQUEZ et BENITO ARIAS MONTANO.
Ouvrant le volume, PHILIPPE II en fait apparaître la page de titre.

PHILIPPE II
(lisant à haute voix)
Description de la ville et province de Tlaxcala de la Nouvelle Espagne et des Indes de la mer Océane …

 

10A. Narration Off (sur images de fiction)
INT – JOUR
Espagne : Escurial / Bibliothèque

PHILIPPE II tourne les pages du manuscrit, et découvre en annexe, de nombreux dessins en noir et blanc.
Il attarde son regard sur plusieurs illustrations.
Une première montre les Tlaxcaltèques combattant les Aztèques aux côtés de Cortès et des Conquistadores.
Une seconde représente Christophe Colomb, qui remet à Charles Quint un globe symbolisant le Nouveau Monde.
Enfin, sur une troisième, Moctezuma est aux pieds de Cortès, alors que celui-ci, à cheval et revêtu de son armure, brandit un Crucifix.
(A côté de chaque personnage est inscrit son nom).

 

ELEMENTS DE LA NARRATION

En quoi consiste le manuscrit de « La Relation de Tlaxcala » ?

Le manuscrit de Diego Muñoz Camargo est l’une des nombreuses retombées des grandes enquêtes que les représentants de Philippe II ont menées sur les territoires américains, et offre de multiples informations sur cette province et ses coutumes.
Il est doté d’une riche iconographie potentielle, inspirée des codex préhispaniques, et réalisée par des artisans indiens.
Mais Diego Muñoz Camargo a également eu le souci de donner à son texte les dimensions d’une véritable histoire.
Tout en soulignant le rôle des Tlaxcaltèques dans la conquête de Mexico, il rappelle les grands personnages historiques qui ont marqué la geste espagnole dans les Indes Occidentales, comme Christophe Colomb, Hernan Cortès ou Charles Quint.

 

11A. Fiction
INT – JOUR
Espagne : Escurial / Bibliothèque

PHILIPPE II, tournant une page, découvre une illustration le représentant. Il est figuré sur un cheval, dominateur, devant une armée de soldats espagnols.
Au dessus de son blason est inscrit en latin : Philippus Hispaniae et Indiarum Rex (Philippe, roi d’Espagne et des Indes).

MATEO VAZQUEZ
(attirant l’attention de Philippe II)
Vous voici, majesté. Figuré avec vos armes.

DIEGO MUÑOZ DE CAMARGO
J’espère que vous excuserez la naïveté du style, votre majesté.
Les artistes se sont inspirés d’un portrait de vous qui se trouve au palais municipal de Tlaxcala.

PHILIPPE II
Vous pouvez assurer à nos sujets Tlaxcaltèques que nous estimons à leur juste valeur leur dévouement à la couronne.

Tandis que DIEGO MUÑOZ CAMARGO traduit ces mots aux Indiens, le regard de PHILIPPE II s’attarde sur une horloge. Montrant des signes d’impatience, le monarque se tourne vers MATEO VAZQUEZ, puis vers la délégation.

PHILIPPE II
A présent, exposez-moi votre requête.

DIEGO MUÑOZ CAMARGO
Oui, sire.
Il y a maintenant plus de soixante ans que Cortès rentrait en vainqueur dans Mexico, et le temps de la conquête paraît aujourd’hui bien loin.
Les nouveaux arrivants, qui ignorent la mémoire du lieu et le rôle historique joué par les Tlaxcaltèques, débarquent en grand nombre.
Notre belle province ne semble représenter aux yeux de ces aventuriers qu’un nouvel Eldorado, et ceux-ci tentent d’accaparer les terres des Indiens pour s’enrichir sur leur dos.
Ce faisant, ils remettent en cause les privilèges d’une noblesse dont la fidélité à la couronne d’Espagne ne s’est pourtant jamais démentie.

DIEGO MUÑOZ CAMARGO marque alors un temps, comme pour lire chez PHILIPPE II une réaction à ce qui vient d’être dit. Mais le monarque ne fait pour l’instant aucun commentaire, et ne laisse rien transparaître de son opinion.

DIEGO MUÑOZ DE CAMARGO
J’attire votre attention, Sire, sur le fait qu’une telle intrusion, pour les Indiens de la région, fait l’effet d’un véritable déni de justice.

PHILIPPE II semble réfléchir quelques instants. Portant son regard sur les émissaires Indiens, il s’adresse alors à son archi-secrétaire.

PHILIPPE II
VAZQUEZ, notez, je vous prie…

VAZQUEZ fait rapidement un signe à un valet, qui lui apporte aussitôt une feuille posée sur un support rigide, ainsi qu’une plume d’écriture.
VAZQUEZ commence à noter, sous la dictée du monarque.

PHILIPPE II
Moi, le Roi...
A l’attention de Don Martin Enriquez, mon Vice-roi,
Ainsi que les présidents et auditeurs de mon audience royale de la ville de Mexico de la Nouvelle Espagne :
Je tiens officiellement à exprimer ma reconnaissance au noble peuple de Tlaxcala pour sa fidélité à mon endroit.
Je garantis à celui-ci l’exercice plein et entier des privilèges qui sont les siens, conformément aux vœux de mon père Charles V.
A cet effet, je décrète l’interdiction formelle à tout sujet espagnol d’acquérir quelque territoire que ce soit dans la dite province, et toute infraction à cette ordonnance entraînerait immédiatement des poursuites.
Vous veillerez à la bonne application de ma décision.
Vous parviendra bientôt une Cédule royale qui fixera dans le détail toutes les modalités.
Fait à Madrid, le 22 mai de l’an 1585,
Par ordre du Roi, notre seigneur.

Alors que MATEO VAZQUEZ finit de noter, les Indiens échangent des regards satisfaits.
Ils s’avancent alors vers le monarque, et s’agenouillent en signe de remerciement et d’allégeance.

 

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